Chanteurs de rues et ambulants
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- Chanteurs de rues et ambulants
- Transcription
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Il n’a évidemment pas fallu attendre la chute de Napoléon pour voir des chanteurs de rues et ambulants s’installer aux carrefours et sur les places des villages afin de solliciter l’attention et l’aumône des passants.
Cette activité prend cependant une nouvelle dimension après 1815.
De vastes circuits se mettent en place et mobilisent, au lendemain des guerres de la Révolution et de l’Empire, des femmes et des hommes vivant aux marges de la société. Ils assurent la circulation sur l’ensemble du territoire national d’une parole, presque toujours élaborée dans la capitale, faisant parfois référence à l’actualité et pouvant représenter une menace pour l’autorité. Un couple de ces colporteurs de chansons, résidant à Paris mais arrêté à Nancy en février 1822 pour avoir chanté et diffusé des « chansons séditieuses », déclare avoir parcouru plus de 1600 km à pied en s’arrêtant dans toutes les communes pour y présenter les titres de leur répertoire. Ils affirment également appartenir à un groupe d’une centaine de chanteurs parisiens qui se réunissent au faubourg Saint-Denis, chantent les mêmes chansons dans les différents quartiers de la capitale pendant l’été et, à l’approche de l’hiver, se partagent les routes de France pour y circuler de ville en ville, de village en village et de foire en foire. De plus ils peuvent vendre des petits livrets imprimés, édités par des libraires spécialisés et parfois illustrés, où figurent les paroles des chansons qu’ils ont entonnées, une pratique qui devient systématique à partir de 1830. Ils se font alors les agents d’une diffusion massive de chansons, favorisent une certaine homogénéisation des goûts, des référents, voire des opinions et diffusent des stéréotypes et des satires élaborés en ville, soit par des auteurs reconnus (Pierre-Jean Béranger, Émile Debraux, Pierre Dupont, etc.) et appartenant généralement à l’opinion de gauche, soit au sein des goguettes, ces sociétés chantantes parisiennes où se retrouve un public populaire, souvent hostile au pouvoir en place. C’est d’ailleurs parfois dans ces sociétés que les chanteurs ambulants vont chercher les titres qu’ils colportent, profitant ainsi de l’absence de tout copyright. La chanson séditieuse ou satirique y trouve évidemment une place de choix.
Très tôt d’ailleurs, l’autorité prend conscience de l’impact potentiel de cette très large diffusion. Dès le mois de décembre 1818, Élie Decazes, alors ministre de la Police générale de Louis XVIII s’adresse en ces termes aux préfets : « L’influence de ces petites compositions [les chansons] a toujours été très grande sur le peuple, et le recueil de toutes les chansons populaires serait une représentation assez fidèle des diverses variations de l’esprit public » et demande, en conséquence, à ses représentants, la plus grande vigilance.
Malgré le contrôle policier sur les colporteurs, la diffusion de chansons séditieuses ne cesse d’augmenter jusqu’à l’instauration, en juillet 1852 par le Second Empire, de l’estampille sur les imprimés colportés. Elle participe ainsi à la diffusion d’une sensibilité démocratique particulièrement adaptée à ce média que tous les contemporains assimilent à la culture écrite, écoutée, appréciée et diffusée par et pour le peuple. - Language
- fra
- Contributor
- Philippe Darriulat
- Spatial Coverage
- France
- Temporal Coverage
- 1815-1852
- Bibliographic Citation
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Roger CHARTIER et Hans-Jürgen LÜSEBRINK, [dir.], Colportage et culture populaire. Imprimés de large circulation en Europe XVIe-XIXe siècles, IMEC/MSH, Paris, 1996.
Jean-Jacques DARMON, Le Colportage de librairie en France sous le Second Empire, grands colporteurs et culture populaire, Paris, Plon, 1972
Philippe DARRIULAT, La Muse du peuple. Chansons sociales et politiques en France 1815-1871, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.
Serge DILLAZ, « Diffusion et propagation chansonnière au XIXe siècle », dans Romantisme, Revue de la société des études romantiques, n°80, deuxième trimestre 1993, p 57-66 - Creator
- Creator unknown. The singer is Eugène Baumester a famous Parisian street singer of the 19th century
- Object Title
- Chanteurs de rues et ambulants
- Translation
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Obviously, it was not necessary to wait for the fall of Napoleon to see street singers and itinerant singers set up shop at crossroads and village squares to solicit the attention and alms of passers-by. However, this activity took on a new dimension after 1815.
In the aftermath of the wars of the Revolution and the Empire, vast circuits were set up and mobilized women and men living on the margins of society. They ensured the circulation throughout the national territory of opinions, almost always first elaborated in the capital, sometimes referring to current events and potentially representing a threat to authority. A couple of these song peddlers, living in Paris but arrested in Nancy in February 1822 for singing and distributing "seditious songs", declared that they had covered more than 1600 km on foot, stopping in all the communes to present the titles of their repertoire. They also claimed to belong to a group of about a hundred Parisian singers who met in the Faubourg Saint-Denis, sang the same songs in the different districts of the capital during the summer and, as winter approached, shared the roads of France to travel from city to city, from village to village and from fair to fair. In addition, they were able to sell small printed booklets, published by specialized booksellers and sometimes illustrated, containing the lyrics of the songs they had sung, a practice that became systematic from 1830 onwards. They then became the agents of a massive distribution of songs, promoting a certain homogenization of tastes, referents, even opinions, and disseminated stereotypes and satires elaborated in the city, either by recognized authors (Pierre-Jean Béranger, Émile Debraux, Pierre Dupont, etc.) and generally belonging to left-wing opinion, or within the goguettes, these Parisian singing societies where a popular public, often hostile to the powers that be, meets. It is sometimes in these societies that itinerant singers go to look for the titles they peddle, thus taking advantage of the absence of any copyright. Seditious or satirical songs obviously find a central place in it.
Very early on, the authorities became aware of the potential impact of this very wide distribution. As early as December 1818, Élie Decazes, then Minister of the General Police under Louis XVIII, addressed the prefects in these terms: "The influence of these small compositions [the songs] has always been very great on the people, and the collection of all the popular songs would be a fairly faithful representation of the various variations of the public spirit" and asked, consequently, its representatives must be extremely vigilant.
Despite police control over peddlers, the distribution of seditious songs continued to increase until the Second Empire introduced a stamp duty on peddled printed matter in July 1852.
Before then the circulation of this material participates in a wider dissemination of a democratic sensibility particularly adapted to this medium that all contemporaries could assimilate to the written culture, listened to, appreciated and disseminated by and for the people.
- Item sets
- Songs of Protest
Creator unknown. The singer is Eugène Baumester a famous Parisian street singer of the 19th century, “Chanteurs de rues et ambulants”, barricades [online], https://rose-camel.lnx.warwick.ac.uk/s/barricades/item/755
